La religion comme garant de l’ordre social : une architecture de pouvoir


 

De la Révolution à l’Empire

En 1787, avec l’Édit de tolérance, Louis XVI rend aux protestants et aux juifs une existence légale et institue pour les non-catholiques un état civil laïc (tenu par des juges royaux).

À la Révolution, malgré les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 et la reconnaissance en 1789 des protestants comme citoyens de plein droit (1791 pour les juifs), la religion reste perçue par certains comme une force d’oppression et il faudra attendre 1795 pour que le décret du 3 ventôse an III affirme le principe du libre exercice des cultes – décret qui précise que l’État ne fournit aucun local et ne reconnaît aucun ministre du culte et n’en salarie aucun.

Napoléon arrive au pouvoir. Lui aussi reconnaît à la religion – et notamment à l’Église catholique – un pouvoir qui peut menacer l’État. Le concordat de 1801, suivi en 1802 par les articles organiques pour les protestants et par un décret en 1808 pour les juifs transforment les ministres de ces cultes en fonctionnaires, afin de les assujettir à l’État.

 

À gauche le temple de l’Oratoire, à droite le temple de Sète :
quelles différences avec le temple du Paradis du 1er panneau ?

  • la chaire grimpe en hauteur : il faut un escalier pour l’atteindre (accessible depuis la sacristie pour le temple de Sète)

  • l’architecture globale est imposante, construite en pierre

  • les bancs sont alignés en rangs d’oignons face à la chaire ; au temple de l’Oratoire, les bancs face à la chaire sont réservés par une inscription en gothique à “Messieurs (sic) les conseillers presbytéraux”

Nous sommes face à une architecture de pouvoir : la religion devient le collaborateur de l’État pour maintenir l’ordre social. On peut lire ainsi, à titre d’exemple, la lettre que le pasteur Cazelles adresse en 1832 au préfet de l’Hérault pour motiver une demande de subvention destinée au financement de la construction du temple de Sète : « nous avons besoin de principes religieux qui, basés sur les sublimes vérités de l’Évangile, enseignent aux hommes les diverses classes de leurs devoirs. C’est parce que la religion chrétienne est mal enseignée ou méconnue qu’il y a tant d’ennemis de l’ordre public parmi les Français. L’autorité doit donc protéger avec ardeur tout ce qui tend à favoriser la propagation des saines idées religieuses. Avec elles l’âme s’éclaire, s’élève, se tranquillise et se trouve naturellement portée à seconder l’action d’un gouvernement paternel.»

 

Des temples d’origine catholique

Après le concordat, l’État fait don aux protestants de biens catholiques entrés en sa possession, par exemple suite à leur confiscation à la Révolution. C’est le cas du temple de l’Oratoire – la photo de gauche – il s’agit de la chapelle de l’Oratoire, construite en 1621 par la congrégation du même nom, à deux pas du Louvre ; on y célèbrera les obsèques du cardinal de Richelieu, de Louis XIII et de la reine Anne d’Autriche. Napoléon Ier en fait don aux protestants en 1811.

C’est le cas également du temple de Dole : ancienne chapelle des Frères de l’École chrétienne qui se consacraient à l’enseignement des enfants des classes populaires, installés depuis 1735 rue des Arènes. C’est une délibération municipale de novembre 1906 qui attribue l’édifice au culte protestant.

 

Apparition des Églises évangéliques

En marge du “canal historique” luthéro-réformé reconnu par l’État se créent des Églises dites évangéliques (Églises baptistes, pentecôtistes, Armée du Salut, etc.). La démographie protestante progresse, sous la poussée de ces mouvements de Réveil suscités par la misère ouvrière au XIXe siècle et les deux conflits mondiaux de la première moitié du XXe siècle.

 

La loi de séparation des Églises et de l’État (1905)

La loi de séparation des Églises et de l’État, en 1905, a des conséquences essentiellement financières : elle met fin au financement des ministres du culte et à toute forme de financement des Églises. Seul, l’entretien des bâtiments catholiques et de quelques autres bâtiments à caractère patrimonial restent à la charge des collectivités (État ou mairies selon les cas). L’Alsace Moselle, allemande en 1905, reste sous le régime concordataire : les ministres du culte y restent fonctionnaires d’État et les facultés de théologie protestante et catholique sont parties intégrantes de l’Université de Strasbourg.

La Fédération Protestante de France est créée en 1906 pour rassembler les Églises protestantes dans un organisme fédérateur destiné à être l’interlocuteur de l’État. Elle reste aujourd’hui l’instance représentative du protestantisme français auprès des pouvoirs publics. Elle a mis en place des référents départementaux pour répondre aux enjeux de la loi n° 2021-828 du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République qui a donné aux préfets de nouvelles compétences et soulevé des questions, notamment sur le régime des associations socio-cultuelles.

 

Zoom clin d’oeil : les femmes pasteures

Zoom sur le mur d’enceinte du temple de Sète : une plaque y commémore Elisabeth Schmidt, la première femme pasteure de l’Église Réformée de France (courante calviniste de notre actuelle Église Protestante Unie de France).

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