La religion du Désert : une architecture de clandestinité

 

Rappels historiques – suite du 1er panneau

En France,la propagation des idées de la Réforme déclenche les guerres de religion où catholiques et protestants s’affrontent dans une guerre civile entretenue par les ambitions politiques de factions rivales. D’atroces massacres jalonnent cet épisode violent de notre histoire. Citons à titre d’exemples :

  • le 1er mars 1562, alors que le jeune roi Charles IX vient de promulguer mi-janvier l’édit de tolérance de Saint-Germain-en-Laye (qui permet aux protestants de pratiquer leur culte dans les campagnes et les faubourgs urbains), les troupes de François de Lorraine, duc de Guise et chef du parti des catholiques surgissent dans un culte qui se tient à l’intérieur de la ville (et donc contrevient à l’édit de St Germain). Bilan : 50 morts et 150 blessés. Ce massacre marque le début des guerres de religion.

  • le 29 septembre 1567 à Nîmes, c’est au tour des protestants. Une altercation dégénère en émeute, suite à laquelle le vicaire général et une vingtaine[ de moines ou clercs sont incarcérés par les émeutiers protestants puis massacrés et jetés dans un puits de la cour de l’évêché. Les émeutiers pillent également les églises catholiques de la ville et tentent de démolir le clocher de la cathédrale.

  • le massacre qui est resté dans les mémoires, c’est celui de la saint Barthélémy, le 24 août 1572, qui fait suite au mariage du futur roi Henri IV avec Marguerite de Valois, la fille de Catherine de Médicis (mère du roi Charles IX). À la suite de l’assassinat de l’amiral de Coligny, protestant, assassinat vraisemblablement commandité par les Guise, le pouvoir se révèle impuissant à juguler la violence qui se déchaîne au sein de la population parisienne. La violence gagne ensuite tout le royaume. Au total, le nombre de morts est estimé à 3 000 à Paris, et de 5 000 à 10 000 dans toute la France, voire plus. Écouter à ce sujet les 8 épisodes de la série LSD de France culture :Tuer et mourir au nom de Dieu.

Charles IX meurt sans enfant. Henri III lui succède en 1574, qui sera assassiné en 1589 par Jacques Clément, en représailles de l’assassinat de Henri Ier de Guise. C’est Henri IV qui lui succède. Protestant, chef de la noblesse protestante, il se reconvertit au catholicisme en 1593 (la première fois c’était en 1572 après son mariage et le massacre de la saint Barthélémy) . C’est lui qui mettra fin à 30 ans de guerres de religion avec la signature de l’Édit de Nantes en 1598.

 

Le Désert

Cette période de tolérance prend fin en 1685. Sous l’influence de son épouse morganatique Madame de Maintenon, Louis XIV revient à un catholicisme intransigeant (qui se sent menacé par la montée du jansénisme). Ilrévoque alors l’Édit de Nantes. Les protestants doivent abjurer ou s’exiler. On estime à 200.000 (sur les 800 000 protestants que comptait alors la France peuplée de 19 millions d’habitants) le nombre des protestants qui s’exilent dans les pays dits du Refuge. Les principales destinations sont : les Provinces Unies – Nord des Pays-Bas actuels, les îles britanniques et anglo-normandes, les principautés allemandes calvinistes, les cantons suisses, et les Antilles – dans une moindre mesure : les pays scandinaves (Danemark, Suède), les colonies britanniques d’Amérique du Nord et les colonies néerlandaises.

Pour ceux qui restent s’ouvre une période de persécutions de plus en plus violentes. Les protestants restés en France vivent une période de “traversée du désert”. Cette expression vient de la Bible.

La Bible n’est pas un livre mais une bibliothèque de livres. La première partie est commune aux protestants, catholiques et juifs : nous la nommons Ancien ou Premier testament (testament au sens d’alliance avec Dieu).

Dans ce Premier testament, le livre de l’Exode raconte la fuite d’Égypte du peuple des Hébreux, où ils étaient les esclaves du pharaon. S’ensuit une longue période d’errance dans le désert avant d’arriver en Palestine. Cette période du Désert est un temps d’attente, d’épreuves et de doute, sous-tendu par l’espérance de temps meilleurs et d’une terre promise.

C’est en référence à ce récit que la période de persécutions qui fait suite à la révocation de l’Édit de Nantes est nommée le Désert.

 

A gauche, gravure d’une assemblée du Désert : quels sont les points communs avec le temple ?

Pendant le Désert, les cultes sont interdits. Ce sont donc des assemblées clandestines qui se réunissent en plein air, conduite par des pasteurs clandestins. La gravure de gauche représente une de ces assemblées.

Quels sont les deux points communs que l’on retrouve avec le tableau du temple du Paradis du panneau précédent ?

  • La chaire : même au Désert, une chaire – démontable – est prévue pour permettre au prédicateur d’être bien vu et entendu : l’écoute de la Parole reste centrale.
    La photo à droite montre une chaire démontable conservée au musée du Désert, à Mialet dans le Gard. Une fois démontée, elle prend la forme d’un tonneau pour détourner tout soupçon.
    Les pasteurs sont itinérants et clandestins : ils sont soutenus financièrement et envoyés par les protestants qui ont fui la révocation de l’Édit de Nantes. Ils viennent des pays du Refuge, dont bon nombre ont été ou sont en guerre avec la France de Louis XIV. Ils sont donc suspectés d’espionnage et de trahison, et encourent la peine de mort. Un exemple : le pasteur Claude Brousson, né à Nîmes en 1647 et qui sera condamné à mort et exécuté à Montpellier en 1698 pour haute trahison, bien qu’il s’en soit défendu.
    La photo de droite montre la cachette aménagée dans un placard au Musée du Désert où ces pasteurs clandestins pouvaient se cacher lors d’une descente des gardes du roi.

  • Le chien :-)
    Les chiens sont là pour avertir l’assemblée de l’éventuelle approche des gardes du roi. Pour les participants à l’assemblée qui refuseraient d’abjurer la foi protestante, les peines sont lourdes :

Pour se prémunir d’éventuelles espions, des signes de reconnaissance sont utilisés : on voit en bas à gauche des méreaux de la collection du Musée du Désert : ce sont des médailles distribuées aux fidèles admis aux assemblées, qui, à d’autres époques, sont également utilisées pour justifier de leur admission à la cène.

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