Les débuts : une architecture de réforme

  • à gauche une église (Saint-Manvieu de Vaudrimesnil dans la Manche),
  • à droite un temple calviniste des débuts de la Réforme (temple du Paradis à Lyon) :

Qu’est-ce qu’on observe comme différences ?

Côté église :

    • deux autels au centre :

      • un premier autel qui permet au prêtre d’officier face à l’assemblée (pratique observée depuis le concile Vatican II 1962-1965)

      • un second autel au fond contre le mur, surélevé, utilisé avant Vatican II (et donc correspondant à la pratique du temps de la Réforme), et sur lequel le prêtre officiait dos à l’assemblée :

        • avec le tabernacle qui contient les hosties consacrées (présence signalée par une bougie/une lampe rouge),

        • surmonté d’un crucifix (Christ sur la croix)

        • d’un tableau qui représente l’Ascension du Christ au ciel après sa résurrection

        • et tout en haut de Dieu symbolisé par un triangle rayonnant

        • encadré par des statues

      • l’autel, où le prêtre célèbre l’eucharistie (la consécration du pain azyme sous formes d’hosties et du vin par lesquels se matérialise la présence du Christ)

    • le premier autel est séparé de la nef où se tient l’assemblée par :

      • en haut, un jubé en forme d’arche doré et décoré

      • en bas, par la table de communion, constituée d’une grille et de marches, où les fidèles avant Vatican II venaient s’agenouiller pour recevoir la communion (l’hostie distribuée par le prêtre)

    • l’église est décorée par d’autres statues, et par des vitraux illustrés dont on voit les reflets colorés : statues, tableaux et vitraux sont une sorte de manuel de catéchèse, un support illustré pour raconter les principaux épisodes de la Bible (cf les nombreuses représentations sur les cathédrales)

    • la chaire où le prêtre monte pour le sermon est à gauche, en hauteur et avec un abat-voix (petit “plafond” qui permet de renvoyer la voix du prédicateur vers l’assistance et ainsi en améliorer l’audibilité)

    • devant la statue de saint de droite à fond rouge, on remarque une table où sont disposés des ex-voto (des remerciements de fidèles suite à l’exaucement de leurs prières au saint). Dans de nombreuses églises, il est possible de déposer une offrande et de faire brûler une bougie ou un cierge devant la représentation d’un saint ou de la Vierge.

    • les chaises sont disposées en rang devant l’autel

 

Côté temple :

    • c’est la chaire qui est au centre, plus imposante, avec son abat-voix
      le prédicateur a à sa disposition une Bible…et un sablier pour mesurer le temps

    • aucun autel visible

    • aucune statue, ni tableau, ni crucifix : la décoration est faite de motifs géométriques, de blasons et de versets bibliques gravés sur les pierres en haut
      Remarque : on peut trouver des crucifix dans les églises luthériennes (tradition protestante héritée de Luther); dans les temples réformés (tradition protestante héritée de Calvin), on ne trouve que des croix simples, sans le corps du Christ, la croix étant comprise comme un symbole de la résurrection.

    • l’assemblée se répartit sur des bancs disposés en cercle autour de la chaire

    • plusieurs indices montrent que l’endroit n’est pas sacralisé : les personnages ont gardé leur chapeau, il y a un chien en bas à gauche;
      Sacré veut dire, mis à part, séparé. Les deux adjectifs sacré et saint sont souvent utilisés de manière interchangeable, mais ils renvoient à deux notions différentes :
      – saint qualifie une personne ou un lieu investis de la présence de Dieu
      – sacré qualifie une personne, un objet ou un lieu qui sont mis à part et qui font l’objet de rites particuliers
      Chez les protestants, tous les fidèles sont saints puisqu’au bénéfice du don de l’Esprit Saint ; seuls des êtres vivants peuvent recevoir la bénédiction. Est également sainte la Bible, puisque contenant la Parole de Dieu – d’où l’expression “les saintes écritures”. Rien n’est sacré.

 

La comparaison entre église et temple illustre la différence entre les officiants :

  • par opposition aux laïcs, le prêtre est un clerc qui a été consacré par le sacrement d’ordination

  • dans la pensée protestante, le sacerdoce universel est premier, par lequel tous les fidèles sont à la fois prêtres (il peuvent dialoguer directement avec Dieu, sans l’intermédiaire des saints et des clercs), prophètes (appelés à dénoncer les injustices) et rois (ayant toute autorité sur leur propre vie, sous le regard de Dieu). Il n’y a donc pas de clercs chez les protestants. Tous les protestants ont une vocation de chrétien ; pasteur n’est qu’un métier parmi d’autres. Ce métier consiste à partager l’enseignement théologique qu’il a reçu, et à accompagner spirituellement les personnes qui le souhaitent. Il contribue à assurer les cultes, en équipe avec des prédicateurs mandatés.

 

Qu’est-ce qu’on peut en tirer comme conclusions concernant ce qui s’y passe ?

  • Le centre de gravité de l’office catholique – la messe – c’est l’eucharistie, qui fait mémoire du sacrifice de Jésus Christ, dont le corps et le sang sont présents sous les espèces du pain (du pain azyme appelé hostie) et du vin. Seul le prêtre peut célébrer l’eucharistie. Les hosties consacrées sont à la fois saintes et sacrées, mises à part dans le tabernacle, signalées par une lumière rouge qui indique que le fidèle doit marquer un signe de respect (génuflexion, inclinaison de la tête) quand il passe devant. Il ne peut y avoir de messe sans eucharistie, qui suit une lecture biblique ; le sermon (commentaire d’un texte biblique) n’est pas indispensable.
  • Le centre de gravité de l’office protestant – le culte – c’est la lecture de textes bibliques suivie de leur commentaire, la prédication (qui pouvait être très longue dans les débuts de la Réforme, d’où le sablier). La cène (nom d’usage de l’eucharistie) est également pratiquée chez les protestants, mais elle n’est pas indispensable au culte. Chaque communauté décide de sa fréquence. Calvin avait reçu l’ordre de la compagnie des pasteurs de Genève de ne la célébrer qu’une fois par mois, pour éviter de tomber dans une routine.

Chez les protestants comme chez les catholiques, la cène est un sacrement, c’est-à-dire un rite par lequel Dieu manifeste son alliance avec l’humanité.

Les protestants comme les catholiques reconnaissent ensemble le baptême, un rite d’aspersion d’eau ou d’immersion par lequel le baptisé vit une nouvelle naissance par laquelle il est reconnu comme enfant de Dieu. L’Église Protestante Unie de France, comme l’Église catholique accueille les baptêmes d’enfants.

Les catholiques reconnaissent cinq sacrements complémentaires: la confirmation (qui rend acteur dans l’Église), la réconciliation (- ou confession, pour absoudre des péchés et libérer de la culpabilité – sans exonérer de la responsabilité), l’onction des malades (pour soutenir dans la maladie), le mariage, l’ordination de ceux qui s’engagent au service de la communauté (prêtres et diacres).

 

Pourquoi cette Réforme ?

L’architecture des temples matérialise l’opposition à l’Église catholique.

La Réforme s’inscrit au XVIe siècle dans un contexte de perte du côté de l’Église catholique du cap éthique et spirituel de l’Évangile (le message qui ressort de la vie et de l’enseignement de Jésus). Martin Luther (1483-1546) est un moine et prêtre catholique qui souhaite simplement réformer son Église, pas la quitter : il publie ses 95 thèses en 1517. Sommé par le pape Léon X de se rétracter, il refuse et il est excommunié en janvier 1521, puis banni par Charles-Quint du Saint Empire germanique suite à la confirmation de son refus à la diète de Worms. La prise de conscience chez ses contemporains de la nécessité de réformer l’Église catholique n’est pas encore suffisante pour qu’il soit entendu, et le politique vient s’engouffrer dans la brèche : des princes et rois catholiques y voient l’opportunité de s’affranchir de la tutelle de la puissance temporelle de l’Église catholique romaine. Une bonne partie de l’Europe du Nord est gagnée par la Réforme.

Contact